Historique du minerai de fer
dans la région de Schefferville

L'histoire du minerai de fer au Nouveau Québec et au Labrador remonterait, selon les découvertes archéologiques récentes, au environ de l'an 1000. À cette époque, les Vikings, venus s'installer à l'Anse aux Meadows troquaient avec les autochtones des outils contre des fourrures et de l'ivoire qu'ils échangeaient par la suite en Scandinavie pour du blé et du bois. La découverte d'une forge ainsi qu'une petite balance pour la pesée des métaux précieux, tend à penser, que les Vikings fûrent les premiers colonisateurs à explorer et utiliser les métaux de l'endroit. Par la suite, la ressource fût oubliée pendant des siècles.

Ce n'est qu'en 1854, soit tout près de 900 ans après le passage des Vikings que l'on découvrira lentement le potentiel souterrain du Nouveau Québec. Le père Louis Babel, alors Oblat Suisse, fut envoyé sur la Côte Nord afin d'évangéliser les Montagnais de l'endroit. Le père Babel avait une passion, la géologie. Lors de ces voyages à l'intérieur des terres, il mettait par écrit toutes ses découvertes. Il fût le premier à répertorier du minerai de fer dans la fosse du Labrador mais ces écrits passèrent inaperçu à l'époque.

En 1892, un géologue du nom d' A.P. Low eut la tâche d'explorer la région pour la commission géologique du Canada. À cette époque, est-il utile de le rappeler, il n'y avait aucune carte géographique d'établie sur le Nouveau Québec. Low se servit des écrits du père Babel comme point de départ. À l'aide de moyens rudimentaires, il parcouru une vaste région à pied et en traîneauxà chiens à la recherche de sites minéralogiques. Il nota d'une façon plus scientifique une grande quantité d'informations sur la météo locale, la faune et la flore de l'endroit que le père Babel ne l'avait fait. Mais ce qui le préoccupait le plus était les vastes zones ferrugineuses enregistrées par Babel lors de ces voyages précédents. La température changeante, les moustiques et les conditions difficiles sur le terrain rendaient la tâche ardue. Low réussit tout de même à noter quelques zones prometteuses. Il mit fin à ses travaux au Labrador en 1899. Il exécuta d'autres tâches reliées à la géologie et mourût en 1942.

Entre 1900 et 1930 les travaux de plusieurs géologues et compagnies d'exploration avançaient de bon train, mais le minerai de fer n'était pas très recherché. On espérait trouver des métaux précieux et semi précieux. Le fer ne valait pas les dépenses d'exploration encourues. L'économie de l'époque n'était pas à son mieux et le krach de 1929 suivi des grandes années de noirceur forçaient les rares joueurs sur le terrain à rechercher de l'or ou de l'argent afin d'espérer d'autres crédits pour leurs dépenses futures. En ce début de siècle, il y avait suffisamment de minerai de fer pour répondre aux besoins de l'industrie nord américaine.

La deuxième grande guerre marquera un point tournant. Les besoins en fer augmentèrent de façon vertigineuses et les principales mines de fer en opération de l'époque avaient peine à fournir l'industrie de guerre. À la fin de celle-ci, les dirigeants des grandes aciéries américaines anticipaient la venue d'une autre récession suivie d'une grande expansion de l'économie mondiale semblable à ce qui c'était produit lors de la première guerre. Les mines américaines vieillissantes ne pourraient pas suffire à cette demande accrue. On accéléra alors les relevés géologiques du Labrador.

La décision de lancer l'entreprise IOC fut prise le 27 juillet 1947 à Burnt Creek dans une cabane en rondin à 30 milles de l'actuel Schefferville par les personnages suivants:

J.R. TIMMINS, Président Hollinger Consolidated Gold Mines Ltd

L.H. TIMMINS, Président du conseil de National Steel Corporation

JOHN KNOX, Directeur général Hollinger Consolidated Gold Mines Ltd

G.M. HUMPHREY, Président The M.A. Hanna Company

H.L. PIERCE, N.D.

M.C. LAKE, Vice-président Hanna

W.H. DURELL, Directeur général du projet IOC

J.H. THOMPSON, Président Hanna Coal and Ore Corporation

Initialement, les investisseurs dans le projet exigeaient une quantité minimum de 300 millions de tonnes de minerai aux géologues sur le terrain, nombre qui fût ramené à 400 millions un peu plus tard afin de rentabiliser l'investissement massif nécessaire au développement de la région. Les géologues réussirent à prouver qu'il y en avait plus que leurs espérances; 418 millions de tonnes était répertoriésau début de 1950. Mais les difficultés ne s'arrêtaient pas là, il fallait, de plus, trouver des clients voulant bien s'engager avec des contrats d'approvisionnement à long terme d'une durée de 25 ans. Cette tâche délicate fût confiée à Mr. Humphrey, président de Hanna Minning. Mr. Humphrey réussit, non sans peine, à dénicher ces futurs clients.

Le début officiel des travaux commença le 2 Octobre 1950 et prirent fin le 13 février 1954. Ces travaux étaient gigantesques, il fallait construire un port, un chemin de fer s'étendant sur plus de 350 milles, une ville dans la toundra, des barrages, une usine de traitement du minerai et j'en passe. En juillet 1954, le premier convoi de minerai arriva au port de Sept-Iles.

La compagnie connut dans les années suivantes une expansion exceptionnelle et les services dans la ville de Schefferville continuèrent de croître au même rythme. Quatre nouvelles villes virent le jour dans le Nouveau Québec suite à la découverte de nouveaux gisements. Il s'agit des villes de Labrador City, Wabush, Gagnon et Fermont. Le marché du fer connut ses heures de gloire à partir des années 50 jusqu'à la fin des années 70. Lentement les méthodes de fabrication et de construction évoluaient vers de nouvelles technologies et l'utilisation des plastiques et l'aluminium remplaçait de plus en plus le fer.

En 1977, une récession commençaà se faire sentir et la compagnie dût restreindre son personnel. La compagnie subit la grève la plus longue de son histoire en 1978. En 1979, une récession frappa durement en Amérique et de vieilles aciéries américaines désuètes durent fermer leurs portes. Au début de l'année de 1981, la décision de fermer indéfiniment le concentrateur et l'usine de boulettage situé à Sept-Iles, allait avoir des répercussions majeures sur l'avenir de la ville de Schefferville. En Octobre de l'année 1982, l'on ferma définitivement les installations de Schefferville car la demande de minerai de fer naturel à faible teneur sur le marché n'était tout simplement plus là. Les personnes qui avaient données une partie de leur vie à l'érection d'une localité dans ces lieux inhospitaliers durent se rendent à l'évidence, l'aventure venait de prendre fin pour eux. Aujourd'hui, après de douloureuses restructurations l'entreprise est redevenu rentable et opère principalement dans la région de Labrador City.

Les gens qui, un jour ou l'autre, ont fait Schefferville sont maintenant dispersés.