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Réserve Mastigouche
(zone 13) |

Évidemment, durant l'hiver, Louis et moi avions parlé de chasse et
surtout des secteurs qui nous intéresseraient le plus advenant le cas où nous aurions le
choix. Parmi un bon nombre de zones intéressantes figuraient en tête de liste les
secteurs 13 et 68. De plus, la première semaine de chasse nous convenait le mieux.
Quelque temps après le tirage, Daniel Duval nous contacte et nous annonce qu'il a entre
autres les zones 13 et 68 dans la première semaine. Son choix n'est pas encore
arrêté, mais bien qu'il soit sollicité de toutes parts, il nous concède le privilège
d'être les premiers à opter oui ou non sur son secteur vacant. Même si nous avons
quand même un bon choix, nous acceptons sur le champ sa proposition. Le lendemain,
il est fixé : il ira dans la 68. Nous sommes très heureux, nous irons dans
la 13.
Le secteur 13 est un secteur très peu chassé au cours des dix dernières années.
Il faut dire qu'il était très inaccessible et avait mauvaise réputation. Mais
des coupes de bois récentes avaient ouvert des chemins vers des parties inexplorées
jadis en plus de fournir une nourriture de qualité aux orignaux du coin. Nous
misions là-dessus pour prévoir que ce serait intéressant d'y chasser. En fait,
il n'avait été chassé que dans la troisième semaine la saison précédente et le
groupe de chasseurs que nous connaissions, même s'il n'avait pas frappé, avait vu
beaucoup d'orignaux.
Jean avait réussi à avoir par Claude Bellemare une copie des chemins du coin et avait
préparé comme d'habitude une carte détaillée de leur secteur. La zone était
parsemée de chemins forestiers qui donnaient accès à presque tout le territoire.
Nous piaffions déjà de hâte d'aller voir. . . ce coin que nous ne connaissions
pas.
Il y a longtemps que nous en parlions, mais cette année nous allons le faire :
aller à la pêche tôt en saison et dans un hébergement proche de notre zone de
chasse. Nous avons opté pour le chalet des lies # 6 durant la deuxième semaine.
Notre groupe était constitué de bien sûr, Louis et moi, Daniel Duval, un ami de
Louis : Steve Haddock et son père Sam. Nous en avons profité pour faire une
première reconnaissance du territoire. Première constatation d'importance :
la plupart des chemins que nous avions rajouté sur notre carte étaient praticables en
camion. Bonne nouvelle ! Et de plus, nous avons aperçu bon nombre de pistes
d'orignaux. C'est encourageant.
Régis et son groupe ont obtenu la deuxième semaine dans la même zone. Ils vont
faire leur part de travail et vont aider à défrayer le coût des matériaux de
construction des miradors ainsi que des salines. Il faut dire qu'on s'attend à
avoir beaucoup de travail étant donné que la zone n'était pas chassée auparavant.
Mais ça n'a pas l'habitude de nous effrayer.
Les premières visites du secteur sont surtout de la reconnaissance du territoire.
Nous avons bien l'intention de tout examiner avant de choisir l'emplacement des
miradors. Nous ne pouvons nous fier aux sites d'abattage des années précédentes
étant donné qu'il n'y en a pas. Mais quelques tournées de la zone nous ont fixé
assez vite. Voici un peu un aperçu de nos reconnaissances : sur le ruisseau
du lac Écartant se trouve un petit lac (lac des Tennites), très intéressant. Une
belle grandeur et à proximité de bûchés récents. Il est d'ores et déjà
convenu d'y installer un mirador. Le sentier est aussi à faire mais il n'est pas
très long.
Dans le chemin qui mène au lac Perdu, au bas d'une côte, on
dirait que les orignaux ont l'habitude de passer toujours là pour se rendre d'un côté
à l'autre du ruisseau Houde. Ce sera un autre site de chasse. Les autres
endroits que nous avons choisi sont dans des bûchés. Daniel Pelletier et Paul
Boulanger, qui trappent dans les environs depuis quelques années, ont remarqué une
croisée de chemins particulièrement propice à l'observation des orignaux. Pierre
y installera sa cabane démontable qu'il a confectionnée l'an dernier. Nous avons
aussi "spotté" deux autres endroits où nous aimerions aménager des sites de
chasse. Si vous comptez bien, ça nous fait quatre miradors à construire en plus
d'installer la cabane à Pierre. À chacun de ces sites, nous aménagerons une
saline, comme nous l'avions fait au cours des deux années précédentes. À cette
époque, peu de chasseurs utilisaient la saline comme moyen de chasse à l'orignal, mais
cette méthode, comme vous le verrez au cours des années subséquentes, a connu une
popularité toujours plus grandissante.
Dès que Sylvain Ferland donne le feu vert, les deux nemrods
s'élancent vers leur zone, accompagnés de leur conjointe. Ils aimeraient bien
faire la surprise à Pierre et Patrick d'arriver trop tard, mais ça ne fonctionne
pas. Il y a bien quelques pistes fraiches dans le chemin du lac Perdu et aussi face
à la cache à Jean, mais elles sont de nuit.
Dernière journée complète de chasse. Nous ne
sommes pas habitués à chasser si longtemps. Dans les trois dernières années,
nous n'avons jamais dépassé la deuxième journée. Louis et Jean passent par leur
poste d'observation le matin mais ont décidé de se rendre au bout de la zone pour y
passer le reste de la journée. Jean décide de retraverser la montagne mais plus
haut que la dernière fois, de façon à ressortir plus loin dans le chemin, dépassé
Pierre. La tactique est bonne, car il voit beaucoup de signes de présence
d'orignaux mais, malheureusement, il n'en voit pas un seul. Louis le rejoint un peu
plus tard et ils décident de se séparer le coin de façon à bien le couvrir.

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